A l’Usine Vivante, où une partie de notre équipe est résidente depuis septembre dernier, sont organisés des moments pour que les organisations se présentent aux autres résidents.
Cette fois, c’était à Let’s Co de se présenter.
 
Le 5 décembre 2016, Mickaël Berrebi et Sylvain Dumas ont présenté les activités de Let’s Co, ils ont montré quelques réalisations et ont partagé avec d’autres résidents de l’Usine Vivante, tiers lieux en cours de création à Crest dans la Drôme, leurs projets et leur vision pour les années qui viennent. 
 
Petit compte rendu d’une heure de présentation et de discussion avec Sylvain et Mickaël.
 

C’est quoi Lets Co ?

 
Lets Co édite des plateformes web d’animation de communautés et de financement participatif. A ce titre, Let‘s Co fournit pa exemple le logiciel utilisé par la banque La Nef pour proposer Zeste.coop, le site qui a hébergé la campagne de crowdfunding de l’Usine vivante en septembre dernier, dont vous avez sans doute entendu parler.
 
« Le travail de Let‘s Co, c’est de faire participer des gens à des projets. »
explique Mickaël Berrebi, co-fondateur du projet. Mickaël poursuit :
« notre métier est donc à cheval entre : une offre technique, mettre à disposition d’organisation des plateformes collaboratives, et une offre de conseil, d’accompagnement et de formation, pour aider les organisations à mobiliser une communauté autour de leur projet, d’un événement, une campagne de financement, de mobilisation ou de communication, d’un concours ou autre.Cela prend la forme d’animations en ligne mais aussi de rencontres en en face à face, detravail en groupe... » 
C’est l’interaction entre ces activités en ligne et en présence, qui est au coeur de la réussite d’un projet.

Mickaël Berrebi Cofondateur de Let's Co
Mickaël Berrebi, co-fondateur de Let’s Co 

L’histoire de Let‘s Co commence en 2008 avec une association fondée à Lyon par Jérémy Camus dénommée Xetic (qui a depuis fusionné avec l’association Entrepreneurs du Monde. Let’s Co est donc né avec l’apport de la microfinance au secteur de la solidarité internationale. Si vous ne connaissez pas Kiva.org ou Babyloan.org allez jeter un oeil.

Aujourd’hui Let’s Co se développe au service d’associations, de collectivités, de réseaux d’acteurs de l’économie sociale et solidaire et du développement local, en France principalement, sans exclure un développement à l’international dans des pays du Sud dans les années à venir. La volonté est de permettre à des organisations de petite taille de bénéficier des développements de la plateforme financés par des organisations de taille plus importante. Nous souhaiterions à terme permettre un usage presque gratuit de la plateforme, comme nous le faisons pour les SEL (Systèmes d’Echanges Locaux, tel que le Sel  des Cabornes), mais il nous faut construire le modèle économique le permettant.
 

La valeur ajoutée de Let’s Co ?

 
Ce que Let’s Co souhaite apporter comme valeur ajoutée, c’est que des projets comme l’Usine Vivante par exemple puissent rester et consolider le lien avec leurs bénévoles, adhérents, résidents et leurs soutiens locaux, pour créer un écosystème actif et porteur au service du projet.
 
« La valeur ajoutée, ce n’est pas seulement le site web, c’est surtout d’assister et d’amplifier l’intention et les pratiques communautaires qui le structurent » résume Mickaël.
« Renforcer et outiller une communauté en soutien à un projet, c’est ça la mission Let’s Co. » souligne Sylvain.
 Concrètement, deux exemples de plateformes mis en place par Let’s Co : le concours Fablife d’Handicap International et le PTCE Domb’Innov.
 
Le concours Fablife, organisé par l’ONG Handicap International, est organisé pour mettre en valeur les parents d’enfants handicapés qui ont développé des astuces pour gérer la problématique de leur enfant. Les parents y gagnent un peu de reconnaissance en partageant leur fabrication dans une logique open source. Les parents mettent en avant une innovation, par exemple le ferme porte, ils décrivent leur fabrication, ils peuvent échanger dans des logiques de réseaux sociaux, d’autres parents vont devenir fan, suivre les actualités ou aimer le projet. Vous pouvez télécharger les plans de l’invention aussi, d’où la référence à l’open source : pas de brevet, du partage pour le plus grand nombre ! Parfois les plans sont maquettés de manière très détaillée pour que d’autres personnes puissent le répliquer ou que d’autres qui travaillent dans un fablab puissent l’améliorer ou que d’autres qui ont une petite production industrielle, puissent le produire à plus grande échelle afin que ce qui était de l’artisanat ou du bricolage soit mis à la portée du plus grand nombre. Là, nous sommes dans la mise en valeur d’initiatives, la création de liens entre les personnes, et ça marche car le concours est reconduit depuis plusieurs années. 
 
Autre client, Domb’Innov, à qui Lets Co fourni une plateforme. Domb’Innov, c’est un PTCE, un pôle territorial de coopération économique. Un PTCE est un  rassemblement d’acteurs, par exemple des structures d’insertion ou une association de parents autour d’une crèche, des entreprises comme une brasserie du territoire. Le PTCE réunit une multitude d’acteurs qui se retrouve dans une structure juridique, et la mission de cette structure consiste à mettre en valeur tous les acteurs qui la composent. 
 
A la base, la mission de Let’s Co a été d’animer sur le territoire de la Dombes des forums ouverts, pour faire émerger des idées de projets par les habitants. Puis, ces idées ont été mises sur une plateforme web pour permettre la mise en réseaux de personnes compétentes et motivées pour soutenir ces projets, rester au courant des actualités d’un projet. Puis, il y a eu un travail d’accompagnement des porteurs de projet avec un partenariat avec une coopérative d’accompagnement et d’emplois, avec une Cigale également. Enfin, en bout de chaîne, sur la même plateforme, il y a de la campagne de financement participatif pour mobiliser une communauté d’habitants, et pour aider au financement du projet. Pour l’instant, c’est un projet de nouvelle gamme de bières d’un brasserie qui est arrivé jusque là : La Voie Maltée. D’ailleurs, vous pouvez participer à son financement (encore 26 jours à compter du 5 janvier 2017). 
 
Bientôt en financement sur Domb’Innov, une conciergerie de territoire, une recyclerie créative, une crèche inter-entreprise et plein d’autres superbes projets. 
 
Ce qui est intéressant sur la plateforme, c’est que pour chaque projet, il y ait des interactions. Là, il nous reste encore du travail, sourit Sylvain avant de passer aux questions / réponses.
 
 

Questions-réponses avec les résidents de l’UV :

 

1. Techniquement, on a son site internet, peut-on ajouter une brique Let’s Co ?

Non, c’est un nouveau site, c’est vraiment un espace spécifique, qui peut avoir des fonctions de site et d’espace communautaire, mais ce n’est pas un module que tu viens plugger sur wordpress. Après, tu peux imaginer des passerelles mais ce n’est pas la solution privilégiée.

 2. A quel moment vous intervenez, dans la conception du site, mais après ?

Notre première valeur ajoutée, c’est une mission de conseil dans l’établissement du cahier des charges de la mise en place d’une plateforme web. Le plus souvent, le client ne s’est pas posé toutes les questions. Du coup, une partie de notre apport consiste à  réfléchir et enrichir le cahier des charges.
Ensuite, dans la réalisation, l’idée est que le client devienne autonome. A la base l’idée est de fournir des outils, pour que chaque organisation puisse créer et avoir la main sur tous ces contenus. Nous fournissons donc du conseil et de la formation sur la manière de réaliser ces contenus. Après, il y a de l’accompagnement sur l’animation, sur la façon de mobiliser autour d’un projet, soit en allant mobiliser son propre réseau, soit en développant ce réseau. 

3. Vous transmettez des outils, mais à qui ? Nous pourrions en bénéficier ?

L’idée dans le fond, c’est de considérer que ce n’est pas dans la technologie, que réside la valeur mais dans l’interactions entre les usages et l’adaptation de la technologie aux usages. Aujourd’hui, c’est grâce à la technologie que fonctionne Let’s Co, mais l’objectif, c’est de faire de tout cela un bien commun, dés que nous aurons trouvé le modèle économique qui nous permettra de le faire. 
Par exemple, l’outil est gratuitement mis à disposition de SEL. 
Sur la logique d’abonnement que nous proposons, c’est à la fois trop cher pour de petites structures et pas cher pour des plus grosses. Nous essayons de trouver un compromis sur l’accessibilité. Mais l’idée c’est de baisser de plus en plus la frontière de la gratuité.
L’objectif ultime, c’est de réussir à créer entre les organisations qui utilisent la même techno et qui participent à une même vision de société, plus de porosité et de synergies dans l’animation de leurs communautés pour mieux promouvoir une forme de culture de l’engagement chez les personnes. Avec des personnes qui peuvent être donateurs chez l’un, bénévole chez l’autre, être actif sur les réseaux sociaux pour relayer des infos pour un troisième. Créer ce réseau, cette connexion, et faire de Let’s Co un espace qui permet de faciliter des échanges de pratique et des échanges opérationnels entre ces organisations qui travaillent dans le même sens. C’est ça la vision.

4. Vous avez déjà des retours sur l’utilisation de ces outils ? Parce que je trouve la théorie et l’objectif très intéressants, mais dans le temps, comment ça peut fonctionner ?

Le retour des utilisateurs, c’est différents degrés de réussite par rapport aux intentions initialement exprimées. C’est lié à la culture de l’entreprise et le temps qu’elle va y dédier car cela questionne le modèle de l’organisation et son rapport à sa communauté. C’est d’ailleurs ce qui nous a amené à renforcer notre action de conseil et de formation, pour aider ces organisations à tirer meilleur partie de leur outil.
De notre côté, il y a un travail en cours de professionnalisation, d’écriture et de clarification des process. Il y a des réussites et il y a des choses qui marchent moins bien chez nos clients. Pour améliorer cette partie, nous écrivons actuellement des modules de conseils, de coaching, de formations, pour capitaliser sur des actions que nous avons réalisé et que nous allons améliorer comme : « mener une campagne de financement participatif » en intégrant toute la question de la planification d’une campagne. « Créer et animer une communauté online et en live ».
 

5. En fait Lets Co c’est donc une boîte de conseil et de formation ?

Pas seulement, c’est un mélange, nous faisons du développement informatique, c’est notre élément différenciant car nous disposons d’un outil qui est puissant et intéressant. Mais pour qu’il fonctionne vraiment, il faut se mettre dans une logique de mobilisation de sa communauté qui pose d’autres questions que celle de l’outil. 

6. D’après ce que vous dites, l’outil reste assez léger et a vocation à prendre de moins en moins de temps théoriquement ?

Nous avons deux grands chantiers en cours, l’un sur l’offre de conseil, accompagnement, formation, et l’autre c’est une nouvelle version de la plateforme.
La vie de ta plateforme doit reposer de façon croissante sur les interactions entre ses membres pour prendre en effet de moins en moins de temps à l’organisation, qui se positionne de plus en plus en facilitateur plutôt qu’en animateur.

7. Comment mesurer-vous l’impact de votre travail ? Comment mesurer les changements de comportement que cela induit ? 

Pour l’instant, nous manquons d’outils pour le faire. Pourtant c’est essentiel. Et c’est un des virages que nous entamons, n’être plus seulement concernés par le comment(de bons outils), mais plus par le résultat et l’impact. Mesurer l’efficacité et pour l’organisation et pour l’utilisateur.
  
Plusieurs des résidents de l’Usine Vivante partagent un repas en écoutant
la présentation et en postant leurs questions.